Machine à écrire : de la collection au musée

person Posté par: Editions Sophie PIERRE list Dans: Découvrir - Le magazine Le: favorite Hit: 112

Saviez-vous qu’il existe en France un musée de la machine à écrire et à calculer ? Visite guidée avec Jeanne Sala, une collectionneuse qui a impulsé la création de ce lieu plein de caractère, aujourd'hui géré par la Ville de Montmorillon dans la Vienne.
Texte : Éditions Sophie Pierre – Photos : Stéphane Utasse/ Studio Monsieur U




Si enfant elle jouait sur un modèle de 1897 « dont le système d’écriture a été repris par IBM », c’est son métier de dactylographe, puis d’enseignante en secrétariat qui ont nourri la passion de Jeanne Sala pour les machines à écrire. Un engouement si dévorant, qu’après la phase de collection, cette érudite a ouvert en 2008 un musée dans la commune où elle réside depuis cinquante-quatre ans. Et comme le hasard fait bien les choses, c’est à Montmorillon, une pittoresque ville de la Vienne réputée pour être non seulement la ville natale de l’écrivaine Régine Deforges, mais également depuis 2000 la cité de l’écrit et des métiers du livre que nous avons poussé les portes de cet univers fabuleux où le visiteur est convié à un voyage dans le temps.


1833. C’est le début de la visite et les premiers balbutiements de l’aventure de la machine à écrire*. Bien qu’il s’agisse d’une copie, Jeanne ne cache pas sa fierté de posséder celle qui fut l’un des tout premiers modèles : « L’imprimeur marseillais Xavier Progin a inventé une machine pour les particuliers en 1833 dont il ne reste plus que les plans. Il fut le premier à avoir eu l’idée de fixer des caractères d’imprimerie sur des barres. Elle a été reconstruite par Claude Pichon, un collectionneur de machines à écrire et menuisier de métier à partir d’une seule broche trouvée en brocante et du brevet. Après nous l’avoir prêtée pendant deux ans, nous devions la restituer, c’est alors que j’ai décidé de la faire reproduire à son tour ». Avant de préciser que parmi les deux cents machines présentées au musée, une deuxième copie figure elle aussi, pour son intérêt historique. Un modèle de 1864 créé par l’Autrichien Mitterhofer.

Le premier modèle industriel déniché par hasard

Bien que de 1850 à 1870, la période a été prolifique en inventions, c’est à partir de 1873, que l’épopée des machines à écrire connaît un emballement avec le début de l’industrialisation de la production. Le fabricant de machines à coudre Remington fut le premier à sortir une machine à écrire dite « moderne », avant d’être suivi par de nombreux concurrents et inventeurs. Et dire qu’ « elle a été commercialisée sous le nom de ses inventeurs Sholes et Glidden, car Remington ne croyait pas à son succès… » aime à préciser Jeanne qui a mis de nombreuses années avant de pouvoir l’ajouter à sa collection, forte de trois cents machines. C’est alors qu’elle est en vacances bien loin du Poitou, qu’elle reçoit un coup de fil étonnant d’un brocanteur de la Vienne lui évoquant « une vieille machine décorée avec des volets qui s’ouvrent et se referment ». Immédiatement, le cœur de Jeanne s’emballe d’autant que le broc’ lui confie qu’elle est posée sur un pied de machine à coudre. A la réception des photos, malgré la rouille qui a endommagé les précieux dessins, Jeanne sait qu’elle est en présence de ce Saint Graal tant espéré. Située en bonne place au musée, la spécialiste ne se lasse pas de montrer les touches en bois qui lui procurent tant de charme. De même que de parler de l’existence de cette pédale de machine à coudre, rattachée par une courroie au chariot, pour effectuer les retours de ligne.


Si Jeanne est bien connue des brocanteurs, c’est que pour acquérir ses machines dont les exemplaires les plus récents datent des années 80, elle a parcouru les brocantes et vide-greniers de la France entière. Et c’est non loin de chez elle, qu’elle a fait ses meilleures trouvailles. Comme en témoigne cet exemplaire de 1888 déniché à Poitiers et dont la corbeille de forme ronde produit une écriture invisible. A ses côtés, trône l’autre rêve que Jeanne a pu réaliser : une Lambert de 1896 reconnaissable par ses caractères situés en dessous de la sphère à jet. Si cette passionnée avoue volontiers « avoir cassé sa tirelire » pour ce modèle repéré sur le Net, c’est en raison de son originalité.

Des machines à écrire sans clavier ou sans barre à caractères

« Entre 1880 et 1900 plus de 750 brevets ont été déposés. Et pour ce faire, il fallait qu’elles aient toutes une particularité. » Nombre d’entre elles ont fait partie des machines dites « non conventionnelles » qui ont disparu dans les années 30. De curieuses réalisations, sans clavier ou sans barre à caractères qui font la joie des collectionneurs et dont certaines sont exposées au musée. Aux modèles anciens répliquent des spécimens plus contemporains au fonctionnement non moins étonnant. A l’image de cette Adler à l’écriture verticale ou bien cette machine dite « siamoise ou jumelle » dont les deux claviers, l’un azerty et l’autre en arménien, ont été reliés par une barre à caractères, selon la volonté d’un professeur d’arménien à l’institut national des langues orientales et civilisations lequel, souhaitait pour la rédaction de ses articles, passer du français à l’arménien sans faire de réglages. D’autres claviers exotiques invitent eux aussi au voyage. Chinois, russe, éthiopien, roumain ou encore arabe suscitent bien des curiosités. Sans parler de la machine qui écrit… des partitions de musique. Sans doute que Régine Deforges s’est arrêtée devant cette machine à la poésie communicative avant de confier à Jeanne Sala sa première machine à écrire, une Hermés Baby achetée à crédit à Limoges (Haute-Vienne).

Des machines à calculer extraordinaires

Car vous l’aurez deviné, si bon nombre de machines ont été acquises par Jeanne, certaines ont été données ou prêtées notamment par les membres de l’ANCMECA (Association nationale des collectionneurs de machines à écrire et à calculer). Une association partenaire du musée dont Jeanne fait partie depuis 1993 et qui a suscité chez elle une autre passion. « C’est après mon adhésion que j’ai commencé à collectionner des machines à calculer ». Là encore, elle en possède des extraordinaires. Attendrie par la réplique de l’additionneuse de Blaise Pascal, c’est devant celle de Kurt Hertzstark que Jeanne est la plus émue. Très prisée des collectionneurs, La Curta comme elle se nomme, marque l’apogée technique de la machine mécanique, miniaturisée à l’extrême, mais surtout la volonté de son inventeur qui l’a imaginée durant ses trois années de déportation. Un arithmomètre de Leibniz conçu en 1674, une caisse enregistreuse Patterson de 1882 ou encore la Dalton, une calculatrice à 10 touches suscitent bien des égards. A moins que ce ne soit la Bollée de 1889 connue pour réaliser des multiplications qui remporte tous les suffrages. En particulier auprès des plus hermétiques aux mathématiques…
(*) Exception faite du premier brevet connu déposé par l’Anglais Henry Mill en 1714 pour une machine artificielle.


Bon à savoir

- Contrairement à ce que l’on pourrait penser l’arobase (@) n’a pas été inventé avec l’avènement de l’Internet, mais au VIe siècle selon le linguiste Berthold Louis Ullman. Pour écrire plus vite, les moines copistes auraient procédé à des abréviations, en fusionnant notamment le d autour du a**. Utilisé au XIXe siècle aux États-Unis pour signifier « at » (3 pencils @ $ 5), l’arobase fut donc intégré sur les claviers des machines à écrire, puis ceux des ordinateurs. Avant d’être définitivement adopté dans les adresses électroniques dès 1971.
- C’est à partir de 1910 que possibilité a été donnée de taper en couleur rouge.
(**) Source : Histoire de l’arobase (bnf.fr)

Pour en savoir plus

Musée de la machine à écrire et à calculer
3 bis, rue Bernard-Harent
86500 Montmorillon
Tél. : 05 49 83 03 03
www.machines-a-ecrire.fr

Dimanche Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre

Nouveau compte S'inscrire