De la gravure à la photo : 150 ans de mode illustrée

person Posté par: Éditions Sophie Pierre list Dans: Découvrir - Le magazine Le: favorite Hit: 562

De la création du premier journal dédié à l’avènement des grands magasins et son corollaire la réclame, Mondimanchedechine.fr vous entraîne sur les pas de deux siècles (XVIII et XIXe siècle) de mode en images. Texte : Éditions Sophie Pierre.



Bien qu’il y ait eu un premier titre féminin le Journal des dames dont la parution débute en 1759, son contenu principalement composé de romans, de poèmes et d’articles sur l’éducation, ne permet pas de le qualifier de journal de mode. Il faut attendre une vingtaine d’années plus tard pour trouver la paternité du genre avec le Cabinet des modes ou les modes nouvelles. Un bimensuel de huit pages, édité pour la première fois le 15 novembre 1785. En fin de numéro, trois planches en taille-douce enluminées en couleur représentent des femmes, des hommes et plus rarement des enfants ainsi que des accessoires type chapeaux ou encore des objets d’ameublement. Des premières gravures qui se font de plus en plus nombreuses au fil des années. Comme en témoigne la revue Magasin des nouvelles, françaises et anglaises qui n’est autre que le nouveau titre donné au Cabinet des modes. Une évolution de nom due à l’arrivée outre-Manche d’un nouveau journal : The fashionable magazine.

Un boom des parutions sous Louis-Philippe

Si la tendance vers ce type de support est bel et bien lancée, elle prend son essor sous le règne de Louis-Philippe (1830-1848). Plus d’une centaine de revues voient le jour. Parmi les plus connues, Le Journal des Demoiselles créé en 1833. A l’intérieur, les planches gravées y sont toujours indépendantes du texte, les techniques d’impression ne permettant pas encore d’associer le contenu rédactionnel aux illustrations. Une bonne vingtaine d’années sont encore nécessaires pour que les évolutions techniques se fassent sentir. Dès 1860 et la parution de La Mode illustrée, le progrès est en marche. Edité dans un grand format ce qui est déjà une prouesse en soi, la publication de Firmin Didot affiche de pléthoriques gravures réalisées sur bois et accompagnées de textes. Quelques années plus tard, La Mode illustrée s’inscrira d’ailleurs comme l’un des périodiques pionniers dans l’utilisation de la photographie colorée sur sa couverture. Un procédé coûteux qui globalement fut arrêté dans les années 20 en raison de son obligation de colorisation et de son impression sur des papiers dont la qualité n’autorisait pas toujours cette reproduction. Mais revenons à ce XIXe siècle naissant, où la mode a pris une nouvelle dimension et avec elle les gravures qui sont à leur apogée.

La réclame et l’apogée des gravures

Il faut dire que si peu avant la Révolution française, les magasins de nouveautés - comme on les appelle - ont fleuri à Paris, l’avènement de leurs descendants, les grands magasins, participent à démocratiser la mode. Souvenez-vous, de l’ouverture en 1852 par Aristide Boucicaut du magasin Le Bon marché qui donna naissance au célèbre roman d’Émile Zola Au Bonheur des Dames. A juste titre puisque dans ses temples du commerce moderne que sont Les Grands magasins du Louvre ouverts en 1855, le Printemps (en 1865) ou encore la Samaritaine (en 1870), les tarifs sont désormais affichés et fixes. Une véritable révolution que l’on doit à l’industrialisation de la production française (dentelle, soie, velours etc.) qui a également permis de réduire les prix. Une mode dorénavant accessible que les grands magasins ne manquent pas de faire rayonner à travers la réclame. Dans ce domaine, l’imagerie Pellerin à Épinal, par l’édition de nombreuses planches publicitaires a laissé de nombreux exemples de ces publicités dont le même modèle pouvait d’ailleurs s’adapter à différentes enseignes. Cette démocratisation de la mode est relayée notamment par journal Le Petit Écho de la mode, fondé en 1880 par Charles Huon de Penanster. Dans ses pages où les illustrations aux teintes pastel et gravures se distinguent par leur extrême finesse, le titre propose dès 1886 des leçons de couture, puis en 1893 un patron-modèle encarté dans l’hebdomadaire. Cette ingénieuse idée fait grimper le tirage à 210 000 exemplaires. En 1885, une première augmentation du tirage avait d’ailleurs conduit le directeur de la publication à ouvrir sa propre imprimerie à Paris équipée d’une rotative au format double colombier. N’étant pas à une innovation près, 1898 annonce la fin du coloriage de ses journaux à la main grâce à l’invention par le chef mécanicien de l’entreprise, de l’Aquatype, une machine qui appose la couleur. Distinguée à l’Exposition universelle de 1900, elle s’exporte même aux États-Unis et au Japon !


Les années 30 et la photographie

Édité jusqu’en 1984, celui qui a accompagné des générations de femmes a aussi fait preuve d’une incroyable longévité. Durant ses cent quatre ans d’existence, il fut notamment témoin de l’arrivée d’autres poids lourds du secteur. A l’instar de Modes et Travaux, fondé en 1919 par Edouard Boucherit et destiné aux femmes désireuses de faire soi-même leurs vêtements. Ou encore Marie-Claire, lancé en 1937 par Jacques Prouvost, industriel du textile. Que ce soit sur sa couverture avec ses portraits de femmes souriantes ou dans ses pages intérieures, la photographie est désormais reine. Autrefois coûteuse à réaliser, la photo s’impose en effet dans les années 30 avec l’arrivée de l’héliogravure qui a baissé ses coûts de production, faisant définitivement tourner la page aux gravures.


Et le style dans tout ça ?

Reflet d’une société et de ses mœurs, le vêtement représente un cours d’histoire à lui tout seul. Du XVIe au XXe siècle, bourgeoisie et aristocratie n’ont d’yeux que pour le corset, un dessous tel un carcan oppressant destiné à toujours plus allonger (dangereusement) la silhouette jusqu’à creuser les hanches. Jusqu’aux années 1900 où le corset prend la forme d’un S, la tendance amorcée avant le Second Empire se résume par l’obtention d’une silhouette en forme de sablier. Afin d’accentuer l’effet taille de guêpe, le corset se couple à un élargissement toujours plus important de la jupe. Obtenu avec des superpositions de jupons, il se fait dès 1856 à l’aide de la crinoline-cage réalisée à partir d’une succession de cercles d’acier où la jupe vient se poser. Eu égard à son encombrement dangereux, l’imagerie populaire s’empare de cette mode et raille cette pratique à travers les gravures.


Le saviez-vous ?

Titre de l’exposition réalisée au musée de l’image à Épinal, Un suivez-moi-jeune-homme désignait à la fin du XIXe siècle un ruban porté sur la robe au niveau des reins ou entourant le chapeau d’une femme.


Sources : Mémoire de Nadège Dandois Les journaux de mode (1785-1792), université Grenoble Alpes - UFR Arts & Sciences Humaines ; BNF ; Exposition Suivez-moi Jeune Homme au musée de l’Image à Epinal

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